August 14, 2010

123 Jahre Rirette Maîtrejean

Nach Volin und Voyenne stehen an diesem 14. August gleich drei Geburtstage ins Haus. Da Pietro Gori (14.8.1865-8.1.1911) und der erst kürzlich verstorbene Colin Ward (14.8.1924-11.2.2010) bereits jeweil ein Post in diesem Blog gewidmet worden ist, möchte ich mich heute der Individualanarchistin Rirette Maîtrejean zuwenden, die am 14. August 1887 als Anna Henriette Estorges in Saint-Mexant, einem kleinen Dorf in der Corrèze, geboren wurde und am 14. Juni 1968 gestorben ist. Maîtrejean hat gleich in mehrerer Hinsicht eine Rolle in der anarchistischen Bewegung gespielt: als Redakteurin der Zeitung l'anarchie nach dem Tod von Albert Libertad, als Geliebte von Viktor Kibaltschin alias Victor Serge (das junge Paar ist auf dem Foto unten zu sehen; Maîtrejeans Erinnerungen an Victor Serge findet man hier), als eher unfreiwillige Komplizin der "Bande à Bonnot", schließlich als Weggefährtin von Albert Camus, den sie in die anarchistische Ideenwelt einführte (mehr zu Rirette Maîtrejean in diesem lesenswerten Artikel).

Mangels Texten von Rirette Maîtrejean selbst (außer den oben verlinkten Erinnerungen an Victor Serge steht mir nichts zur Verfügung), hier ein Artikel von Séverine zum Prozess der Bonnot-Bande, erschienen am 11. August 1912 in der Tageszeitung Le Gil-Blas:

"Rirette!

Un gentil nom, n'est-ce pas ? un nom qui semble d'autrefois, alors que les grisettes avaient encore des bonnets, que les moulins avaient  encore des ailes, et que c'étaient cependant les  bonnets qui s'envolaient par-dessus les moulins. Est-ce un nom, d'ailleurs, ou un surnom, née d'une belle humeur printanière, à cette clarté du visage qu'est le sourire ?
Je le croirais assez, car je ne la connais pas. Jamais le hasard ne me l'a fait rencontrer, pas  plus qu'aucun de ses proches. Je ne sais d'elle que ses portraits, des instantanés pris au hasard. Une  frimousse espiègle, des yeux vifs, l'air d'une gosse mais d'une gosse qui aurait Gavroche pour ancêtre, d'une gosse qui, après avoir bien joué, bien ri, aimé le soleil, bu du reginglard sous des tonnelles, soupiré des valses lentes, respiré pour quatre sous de violettes avec plus de ferveur que d'autres ne le font d'une rose d'un louis, saurait mourir en gaîté et en beauté, héroïquement.
Est-elle de Paris, ma payse? Vint-elle, petite bourgeoise évadée ou petite ouvrière aventureuse, du plus calme bourg d'une lointaine province? Je l'ignore absolument. Paris l'a prise, voilà tout ce que je sais. Il l'a façonnée à sa manière, lui a donné le piquant de ses filles, leur grâce alerte, ce bec qui semble rosé par les cerises de Montmorency ou les fraises de Robinson. C'est aussi le goût du mystère, du romanesque, de l'imprévu, du risque...
Trop, hélas, pauvre Rirette! Ai-je dit que Rirette était en prison? Elle a ri quand on l'a arrêtée; ri dans les couloirs du Palais, aux passants, aux reporters, aux photographes; ri à la lumière, à l'air libre, au grand jour. Je n'ai pas dit non plus que Rirette avait vingt-deux ans - et deux petites filles dont on la maintient séparée.
Cela seulement la rend grave, car cette gamine aime ses gamines, tendrement, passionnément. Et, cependant, elle se condamne elle-même à ne point les revoir, elle accepte d'être privée des petits bras autour du cou, des petites bouches sur la joue, des petits mots câlins qui sont comme des caresses, elle s'ampute de ses enfants, cette jeune mère, plutôt que de rendre à la Justice le léger service qu'on sollicite d'elle: dénoncer.
A ce prix, étant donné le peu de gravité des charges qui pèsent sur elle, elle eût pu sans doute obtenir sa mise en liberté provisoire, peut-être même un non-lieu. La loi, pour qui la sert, a bien des complaisances...
Sérieuse, cette fois, elle a dit non. Elle l'a répété à chaque tentative, aggravant son sort en parfaite connaissance de cause, acceptant toutes les charges que lui valait son méritant silence.
J'ai parlé de Gavroche: on pourrait peut-être parler de Bara. 
Ce qu'elle a fait ? Elle n'a ni tué, ni volé, ni incendié, ni vitriolé. Elle n'est pas une de ces intéressantes mondaines dont la culpabilité ou la non-culpabilité défraient la chronique de la ville, servant d'objet aux polémiques et de thème aux conversations. Ce n'est point non plus une héroïne d'amour: elle n'a, passionnellement, endommagé aucune ni aucun. 
Son cas est moins grave et plus complexe, partant plus dangereux.
Son ami ayant des opinions avancées, on lui reproche, parmi beaucoup de gens, quelques douteuses fréquentations. N'en est-il donc que ? Quiconque évolue dans un cercle assez large et assez peuplé oserait-il répondre de toutes les personnes qu'il rencontre, salue, à qui il donne la main, ou qui traversent lui-même n'est qu'un hôte ce qui est le cas?
Surtout lorsqu'il s'agit du bureau d'un journal, lieu de passage plus qu'aucun autre au monde! Rirette (je rappelle qu'elle a vingt-deux ans), étant employée dans ce journal, on avait eu l'inconséquence de mettre le loyer à son nom.
Or, au cours d'une perquisition, voilà qu'on trouve deux petits revolvers dans les bureaux de ce journal, et qu'il est établi que ces revolvers ont été soustraits. Recel.  
- Je ne suis pas une voleuse, crie Rirette indignée. J'ignorais même que ces armes provinssent d'un vol!
- C'est possible, riposte le juge. Mais vous devez savoir qui les a déposés là. Vous êtes locataire, légalement, donc, responsable... Il y aurait bien un moyen d'atténuer votre responsabilité, de diminuer les charges qui pèsent sur vous. Le voleur n'a pas craint de vous compromettre en se débarrassant du corps du délit dans un domicile à votre nom il n'a pas eu de scrupules envers vous. pourquoi en auriez-vous envers lui ? Nommez-le!
Rirette regarde le magistrat, le greffier, les murs tendus de vert entre lesquels tant de malheureux, tantôt innocents, tantôt coupables, se sont débattus. Elle songe à ses petites fllles, à la liberté, aux camarades demeurés fidèles et qu'il ferait bon circuler dans les rues de Paris... 
Le juge attend, croit qu'elle hésite, tandis qu'elle rêve.  
- Allons ? fait-il d'une voix encourageante.  
- Non, fait Rirette en secouant négativement sa petite figure pâlie par tant de mois de détention. Dénoncer quelqu'un, c'est une saleté! Gardez-moi, envoyez-moi aux Assises, au bagne, vous voudrez! Moi, je ne ferai pas ça!
Elle regagne la voiture cellulaire; elle réintègre la chambre grillagée, là-bas, dans la grande maison noire, en haut du faubourg St.-Denis. Et si, quand les lumières sont éteintes, Rirette n'est plus Rirette, si elle s'abandonne, si elle pleure, si elle appelle ses petites, les bras tendus dans la nuit, personne n'a pu le pressentir, personne ne peut le supposer, personne n'en sait rien. A l'aube, elle est Rirette comme elle l'était la veille au soir, vaillante et gaie. Si un moineau se pose derrière les grilles, il peut lui pépier:  
- Ça va, petite sœur ?
En ce temps le caractère se fait rare, il m'a semblé intéressant de montrer ce brin de femme rebelle à la délation. Tant d'hommes, et non des moindres, se font si volontiers des délateurs!
J'oubliais : Le journal s'appelle l'Anarchie, et Rirette, à l'état-civil, se nomme Mme MAITREJEAN. Mais ces détails n'infirment en rien, n'est-il pas vrai, ni la réalité des faits, ni l'abnégation du refus?"

Nach: Victor Méric, Les milieux anarchistes. Les bandits tragiques, Paris, 1926 (5.Auflage), S.185-189.

August 12, 2010

Anarchie im Straßenverkehr

Ein Experiment in Portishead (Heimatstadt der gleichnamigen Band) zeigt, dass im Straßenverkehr mehr Freiheit durchaus zu mehr Ordnung führen kann. Skeptisch? Ehrlich gesagt, ich bin's auch, aber judge for yourself:

90 Jahre Bernard Voyenne

Nach Volins Synthese gestern, begehe ich heute den Geburtstag von Bernard Voyenne, dem  Historiker des Föderalismus, Proudhonianer und Weggefährten Camus', der heute 90 geworden wäre (Voyenne ist am 22.12.2003 verstorben), folgerichtig mit Voyennes Kritik an der Synthese (nicht nur der anarchistischen):

"Il convient ici de se souvenir de la si juste notation de Sainte-Beuve, selon laquelle Proudhon - plutôt que de s'épuiser à percer les arcanes de la dialectique hégélienne - aurait dû se tourner d'emblée vers Pascal, dont il était plus proche encore qu'il ne le croyait. Conseil qui avait été suivi (sans que l'étude inachevée du subtil critique en fasse état) dès la deuxième édition de la Justice (1860), où il dit très précisément:
'A l'exemple [de Hegel], j'avais adopté l'idée que l'antinomie devait se résoudre en un terme supérieur, la synthèse, distinct des deux premiers, la thèse et l'antithèse: erreur de logique autant que d'expérience, dont je suis aujourd'hui revenu. L'ANTINOMIE NE SE RESOUT PAS: là est le vice fondamental de toute la philosophie hégélienne. Les deux termes dont elle se composent SE BALANCENT, soit entre eux, soit avec d'autres termes antinomiques...'
Et, dans une note finale, il recourt à une comparaison très éclairante pour notre propos: 'Les termes antinomiques ne se résolvent pas plus que les pôles opposés d'une pile électrique ne se détruisent (...); ils ne sont pas seulement indestructibles, ils sont la cause génératrice du mouvement, de la vie, du progrès; le problème consiste à trouver, non leur fusion, qui serait la mort, mais leur équilibre, sans cesse instable, variable selon les développements mêmes des sociétés.' Dès lors sa pensée ne changera plus.

Comme Miguel de Unamuno (1) l'a remarqué avec profondeur, la logique de Pascal 'n'était pas une dialectique mais une polémique; il ne cherchait pas une synthèse entre la thèse et l'antithèse: il restait comme Proudhon, un autre pascalien à sa manière, dans la contradiction.' Inspiré par la vision augustinienne du pôle positif des hérésies, ce contrepoison au fanatisme religieux est transposable à tous les domaines. La vérité, telle que les hommes  peuvent espérer la rejoindre, est comparable à une empreinte qui doit se passer du relief au creux, et inversement, pour être fidèle à l'original. Ou encore ces Janus à double visage, que l'art moderne a créés pour représenter la totalité du réel. Ces métaphores statiques sont néanmoins insuffisantes pour rendre compte du mouvement qui, allant de la question à la réponse et de l'affirmation à la contre-affirmation, gravit une spirale ascendante jamais arrêtée, ni jamais recommencée.
Si authentique que soit dans le désir d'objectivité (et ce n'est déjà pas fréquent) chacun de nous - engoncé dans ses préjugés, ses intérêts et ses passions grandes ou minuscules - n'a jamais que des points de vue. Isolés, ceux-ci sont hors d'état d'être efficacement communiqués et, dans le meilleur des cas, ne font qu'approcher ce que nous voulons dire. Seule la confrontation à d'autres façons de penser permet une mise en perspective, et par là un relief, capables d'approcher la complexité du réel. Comprendre, c'est englober.
Toute affirmation partielle (il ne saurait évidemment y en avoir d'autres) est par définition une erreur et aucune proposition, si juste soit-elle en apparence, ne peut être retenue même à titre provisoire si elle n'a pas été soumise à l'objection. Sed contra est, devaient impérativement ajouter les scolastiques à chaque étape de leur raisonnement, introduisant par là un interlocuteur imaginaire auquel ils devaient répondre avant d'aller plus en avant. La démarche scientifique ne procède pas autrement.
Qui se borne à monologuer 'suit son idée' et ne suit qu'elle. C'est le vertige absolutiste dont étaient atteints - pour leur malheur et surtout celui de leurs contemporains - un Néron, un Robespierre, un Staline ou un Hitler. Les formes extérieures peuvent changer, mais la prétention d'avoir raison à soi seul est identique chez tous. Ces tyrans sont devenus sourds pour n'avoir entendu que leur propre voix, paranoïaques à force de s'adorer eux-mêmes. Ivres du pouvoir qu'ils se sont attribué, domineraient-ils la terre entière ils ne seront toujours que leur clone, l'ombre hypertrophiée de leur personnage. C'est pourquoi leur appétit de puissance finit par se dégrader en incapacité d'agir.
Sans aller jusqu'à ces mannequins du néant, le bateleur politique, l'avocat s'identifiant par principe à la cause de son client, sont dangereusement exposés au vertige simplificateur qui les pousse à la suppression de l'adversaire. Y a-t-il en effet façon plus expéditive de triompher que de nier ce qui fait problème? On n'a alors fait disparaître qu'une ombre, sans se rendre compte que tout est mensonge dans ce jeu de miroirs et de dupes. Qui refuse de se battre a perdu d'avance; mais qui prétend vaincre sans avoir mené un vrai combat se dupe lui-même et n'a jamais quitté ses fantasmes."

(1) L'agonie du christianisme, trad. fr., Paris, Rieder, 1925, p.117.

Auszug aus "Pascal - Proudhon - Péguy", in Bernard Voyenne, Proudhon et Dieu. Le combat d'un anarchiste, Paris, 2004, S. 154-156.

August 11, 2010

128 Jahre Volin

Wsewolod Michailowitsch Eichenbaum, besser bekannt unter dem Pseudonym Volin, der heute auf den Tag vor 128 Jahren in Woronesch geboren wurde und kurz nach Kriegsende, am 18. September 1945, im Pariser Exil starb, ist heute vor allem als früher Kritiker des Sowjetregimes (siehe die in den 1970ern bei Assoziation A neuaufgelegte dreibändige Unbekannte Revolution)  und als Weggefährte von Nestor Machno bekannt. Daneben war er aber auch, zusammen mit Sébastien Faure - und gegen Machno -, der Begründer des Versuchs einer anarchistischen "Synthese", die Anarchosyndikalismus, libertären Kommunismus und radikalen Individualismus in einer gemeinsamen Organisation vereinigen sollte (vergleiche auch den Versuch von Voltairine de Cleyre eines "anarchism without adjectives", siehe hierzu Baase, Peak und rezent Morgenstern). Im Prinzip steht die Fédération Anarchiste in Frankreich bis heute in dieser Tradition. Ihre Geschichte allerdings, die sich wie eine Aneinanderreihung von zumeist durch einen als zu hoch oder zu niedrig empfundenen Anteil "Anarchokommunismus" im synthesistischen Mix provozierten Spaltungen liest, zeigt aber gerade wie schwierig  sich die Aufrechterhaltung einer solchen Ökumene in der Praxis gestaltet. Wie dem auch sei, es folgt die Volinsche Definition der anarchistischen Synthese, nach dem Text der Encyclopédie anarchiste (1934; Quelle):

"SYNTHÈSE (ANARCHISTE)
On désigne par « synthèse anarchiste » une tendance qui se fait actuellement jour au sein du mouvement libertaire, cherchant à réconcilier et ensuite à « synthétiser » les différents courants d'idée qui divisent ce mouvement en plusieurs fractions plus ou moins hostiles les unes aux autres. Il s'agit, au fond, d'unifier, dans une certaine mesure, la théorie et aussi le mouvement anarchistes en un ensemble harmonieux, ordonné, fini. Je dis : dans une certaine mesure car, naturellement, la conception anarchiste ne pourrait, ne devrait jamais devenir rigide, immuable, stagnante. Elle doit rester souple, vivante, riche d'idées et de tendances variées. Mais souplesse ne doit pas signifier confusion. Et, d'autre part, entre immobilité et flottement il existe un état intermédiaire. C'est précisément cet état intermédiaire que la « synthèse anarchiste » cherche à préciser, à fixer et à atteindre.
Ce fut surtout en Russie, lors de la révolution de 1917, que la nécessité d'une telle unification, d'une telle « synthèse », se fit sentir. Déjà très faible matériellement (peu de militants, pas de bons moyens de propagande, etc. ) par rapport à d'autres courants politiques et sociaux, l’anarchisme se vit affaibli encore plus, lors de la révolution russe, par suite des querelles intestines qui le déchiraient. Les anarcho-syndicalistes ne voulaient pas s'entendre avec les anarchistes-communistes et, en même temps, les uns et les autres se disputaient avec les individualistes (sans parler d'autres tendances). Cet état de choses impressionna douloureusement plusieurs camarades de diverses tendances. Persécutés et finalement chassés de la grande Russie par le gouvernement bolcheviste, quelques-uns de ces camarades s'en allèrent militer en Ukraine où l'ambiance politique était plus favorable, et où, d'accord avec quelques camarades ukrainiens, ils décidèrent de créer un mouvement anarchiste unifié, recrutant des militants sérieux et actifs partout où ils se trouvaient, sans distinction de tendance. Le mouvement acquit tout de suite une ampleur et une vigueur exceptionnelles. Pour prendre pied et s'imposer définitivement, il ne lui manquait qu'une chose : une certaine base théorique.
Me sachant un adversaire résolu des querelles néfastes parmi les divers courants de l'anarchisme, sachant aussi que je songeais, comme eux, à la nécessité de les réconcilier, quelques camarades vinrent me chercher dans une petite ville de la Russie centrale où je séjournais, et me proposèrent de partir en Ukraine, de prendre part à la création d'un mouvement unifié, de lui fournir un fond théorique et de développer la thèse dans la presse libertaire.
J'acceptai la proposition. En novembre 1918, le mouvement anarchiste unifié en Ukraine fut définitivement mis en route. Plusieurs groupements se formèrent et envoyèrent leurs délégués à la première conférence constitutive qui créa la « Confédération anarchiste de l'Ukraine Nabat  (Tocsin) ». Cette conférence élabora et adopta à l'unanimité une Déclaration proclamant les principes fondamentaux du nouvel organisme. Il fut décidé que très prochainement cette brève déclaration de principes serait amplifiée, complétée et commentée dans la presse libertaire. Les événements tempétueux empêchèrent ce travail théorique. La confédération du Nabat dut mener des luttes ininterrompues et acharnées. Bientôt elle fut, à son tour, « liquidée » par les autorités bolchevistes qui s'installèrent en Ukraine. A part quelques articles de journaux, la Déclaration de la première conférence du Nabat fut et restera le seul exposé de la tendance unifiante (ou « synthétisante ») dans le mouvement anarchiste russe.
Les trois idées maîtresses qui, d'après la Déclaration, devraient être acceptées par tous les anarchistes sérieux afin d'unifier le mouvement, sont les suivantes :
1° Admission définitive du principe syndicaliste, lequel indique la vraie méthode de la révolution sociale ;
2° Admission définitive du principe communiste (libertaire), lequel établit la base d'organisation de la nouvelle société en formation ;
3° Admission définitive du principe individualiste, l'émancipation totale et le bonheur de l'individu étant le vrai but de la révolution sociale et de la société nouvelle.
Tout en développant ces idées, la Déclaration tâche de définir nettement la notion de la « révolution sociale » et de détruire la tendance de certains libertaires cherchant à adapter l'anarchisme à la soi-disant « période transitoire ».
Cela dit, nous préférons, au lieu de reprendre les arguments de la Déclaration, développer nous-mêmes l'argumentation théorique de la synthèse.
La première question à résoudre est celle-ci :
L'existence de divers courants anarchistes ennemis, se disputant entre eux, est-ce un fait positif ou négatif ? La décomposition de l'idée et du mouvement libertaires en plusieurs tendances s'opposant les unes aux autres, favorise-t-elle ou, au contraire, entrave-t-elle les succès de la conception anarchiste ? Si elle est reconnue favorable, toute discussion est inutile. Si, au contraire, elle est considérée comme nuisible, il faut tirer de cet aveu toutes les conclusions nécessaires.
À cette première question, nous répondons ceci :
Au début, lorsque l'idée anarchiste était encore peu développée, confuse, il fut naturel et utile de l'analyser sous tous ses aspects, de la décomposer, d'examiner à fond chacun de ses éléments, de les confronter, de les opposer les uns aux autres, etc. C'est ce qui a été fait. L'anarchisme fut décomposé en plusieurs éléments (ou courants). Ainsi l'ensemble, trop général et vague, fut disséqué, ce qui aida à approfondir, à étudier à fond aussi bien cet ensemble que ces éléments. A cette époque, le démembrement de la conception anarchiste fut donc un fait positif. Diverses personnes s'intéressant à divers courants de l'anarchisme, les détails et l'ensemble y gagnèrent en profondeur et en précision. Mais, par la suite, une fois cette première œuvre accomplie, après que les éléments de la pensée anarchiste (communisme, individualisme, syndicalisme) furent tournés et retournés en tous sens, il fallait penser à reconstituer, avec ces éléments bien travaillés, l'ensemble organique d'où ils provenaient. Après une analyse fondamentale, il fallait retourner (sciemment) à la bienfaisante synthèse.
Fait bizarre : on ne pensa plus à cette nécessité. Les personnes qui s'intéressaient à tel élément donné de l'anarchisme, finirent par le substituer à l'ensemble. Naturellement, elles se trouvèrent bientôt en désaccord et, finalement, en conflit avec ceux qui traitaient de la même manière d'autres parcelles de la vérité entière. Ainsi, au lieu d'aborder l'idée de fusionnement des éléments épars (qui, pris séparément, ne pouvaient plus servir à grand chose) en un ensemble organique, les anarchistes entreprirent pour de longues années la tâche stérile d'opposer haineusement leurs « courants » les uns aux autres. Chacun considérait « son » courant, « sa » parcelle pour l'unique vérité et combattait avec acharnement les partisans des autres courants. Ainsi commença, dans les rangs libertaires, ce piétinement sur place, caractérisé par l'aveuglement et l'animosité mutuelle, qui continue jusqu'à nos jours et qui doit être considéré comme nuisible au développement normal de la conception anarchiste.
Notre conclusion est claire. Le démembrement de l'idée anarchiste en plusieurs courants a rempli son rôle. Il n'a plus aucune utilité. Rien ne peut plus le justifier. Il entraîne maintenant le mouvement dans une impasse, il lui cause des préjudices énormes, il n'offre plus - ni ne peut offrir - rien de positif. La première période - celle où l'anarchisme se cherchait, se précisait et se fractionnait fatalement à cette besogne - est terminée. Elle appartient au passé. Il est grand temps d'aller plus loin.
Si l'éparpillement de l'anarchisme est actuellement un fait négatif, préjudiciable, il faut chercher à y mettre fin. Il s'agit de se rappeler l'ensemble entier, de recoller les éléments épars, de retrouver, de reconstruire sciemment la synthèse abandonnée.
Une autre question surgit alors : cette synthèse, est-elle possible actuellement ? Ne serait-elle pas une utopie ? Pourrait-on lui fournir une certaine base théorique ?
Nous répondons : oui, une synthèse de l'anarchisme (ou, si l'on veut, un anarchisme « synthétique ») est parfaitement possible. Elle n'est nullement utopique. D'assez fortes raisons d'ordre théorique parlent en sa faveur. Notons brièvement quelques-unes de ces raisons, les plus importantes, dans leur suite logique :
1° Si l'anarchisme aspire à la vie, s'il escompte un triomphe futur, s'il cherche à devenir un élément organique et permanent de la vie, une de ses forces actives, fécondantes, créatrices, alors il doit chercher à se trouver le plus près possible de la vie, de son essence, de son ultime vérité. Ses bases idéologiques doivent concorder le plus possible avec les éléments fondamentaux de la vie. Il est clair, en effet, que si les idées primordiales de l'anarchisme se trouvaient en contradiction avec les vrais éléments de la vie et de l'évolution, l'anarchisme ne pourrait être vital. Or, qu'est-ce que la vie? Pourrait-on, en quelque sorte, définir et formuler son essence, saisir et fixer ses traits caractéristiques ? Oui, on peut le faire. Il s'agit, certes, non pas d'une formule scientifique de la vie - formule qui n'existe pas - mais d'une définition plus ou moins nette et juste de son essence visible, palpable, concevable. Dans cet ordre d'idée, la vie est, avant tout, une grande synthèse : un ensemble immense et compliqué, ensemble organique et original, de multiples éléments variés.
La vie est une synthèse. Quelles sont donc l'essence et l'originalité de cette synthèse? L'essentiel de la vie est que la plus grande variété de ses éléments - qui se trouvent de plus en un mouvement perpétuel ­ réalise en même temps, et aussi perpétuellement, une certaine unité ou, plutôt, un certain équilibre. L'essence de la vie, l'essence de sa synthèse sublime, est la tendance constante vers l'équilibre, voire la réalisation constante d'un certain équilibre, dans la plus grande diversité et dans un mouvement perpétuel. (Notons que l'idée d'un équilibre de certains éléments comme étant l'essence bio-physique de la vie se confirme par des expériences scientifiques physico-chimiques.)
La vie est une synthèse. La vie (l'univers, la nature) est un équilibre (une sorte d'unité) dans la diversité et dans le mouvement (ou, si l'on veut, une diversité et un mouvement en équilibre). Par conséquent, si l'anarchisme désire marcher de pair avec la vie, s'il cherche à être un de ses éléments organiques, s'il aspire à concorder avec elle et aboutir à un vrai résultat, au lieu de se trouver en opposition avec elle pour être finalement rejeté, il doit, lui aussi, sans renoncer à la diversité ni au mouvement, réaliser aussi, et toujours, l'équilibre, la synthèse, l'unité.
Mais il ne suffit pas d'affirmer que l'anarchisme peut être synthétique : il doit l'être. La synthèse de l'anarchisme n'est pas seulement possible, pas seulement souhaitable : elle est indispensable. Tout en conservant la diversité vivante de ses éléments, tout en évitant la stagnation, tout en acceptant le mouvement - conditions essentielles de sa vitalité - l'anarchisme doit chercher, en même temps, l'équilibre dans cette diversité et ce mouvement même.
La diversité et le mouvement sans équilibre, c'est le chaos. L'équilibre sans diversité ni mouvement, c'est la stagnation, la mort. La diversité et le mouvement en équilibre, telle est la synthèse de la vie. L'anarchisme doit être varié, mouvant et, en même temps, équilibré, synthétique, uni. Dans le cas contraire, il ne sera pas vital.
4° Notons, enfin, que le vrai fond de la diversité et du mouvement de la vie (et partant de la synthèse) est la création, c'est-à-dire la production constante de nouveaux éléments, de nouvelles combinaisons, de nouveaux mouvements, d'un nouvel équilibre. La vie est une diversité créatrice. La vie est un équilibre dans une création ininterrompue. Par conséquent, aucun anarchiste ne pourrait prétendre que « son » courant est la vérité unique et constante, et que toutes les autres tendances dans l'anarchisme sont des absurdités. Il est, au contraire, absurde qu'un anarchiste se laisse engager dans l'impasse d'une seule petite « vérité », la sienne, et qu'il oublie ainsi la grande vérité réelle de la vie : la création perpétuelle de formes nouvelles, de combinaisons nouvelles, d'une synthèse constamment renouvelée.
La synthèse de la vie n'est pas stationnaire : elle crée, elle modifie constamment ses éléments et leurs rapports mutuels.
L'anarchisme cherche à participer, dans les domaines qui lui sont accessibles, aux actes créateurs de la vie. Par conséquent, il doit être, dans les limites de sa conception, large, tolérant, synthétique, tout en se trouvant en mouvement créateur.
L'anarchiste doit observer attentivement, avec perspicacité, tous les éléments sérieux de la pensée et du mouvement libertaires. Loin de s'engouffrer dans un seul élément quelconque, il doit chercher l'équilibre et la synthèse de tous ces éléments donnés. Il doit, de plus, analyser et contrôler constamment sa synthèse, en la comparant avec les éléments de la vie elle-même, afin d'être toujours en harmonie parfaite avec cette dernière. En effet, la vie ne reste pas sur place, elle change. Et, par conséquent, le rôle et les rapports mutuels de divers éléments de la synthèse anarchiste ne resteront pas toujours les mêmes : dans divers cas, ce sera tantôt l'un, tantôt l'autre de ces éléments qui devra être souligné, appuyé, mis en action.
Quelques mots sur la réalisation concrète de la synthèse.
1° Il ne faut jamais oublier que la réalisation de la révolution, que la création des formes nouvelles de la vie incomberont non pas à nous, anarchistes isolés ou groupés idéologiquement, mais aux vastes masses populaires qui, seules, seront à même d'accomplir cette immense tâche destructive et créatrice. Notre rôle, dans cette réalisation, se bornera à celui d'un ferment, d'un élément de concours, de conseil, d'exemple. Quant aux formes dans lesquelles ce processus s'accomplira, nous ne pouvons que les entrevoir très approximativement. Il est d'autant plus déplacé de nous quereller pour des détails, au lieu de nous préparer, d'un élan commun, à l'avenir.
2° Il n'est pas moins déplacé de réduire toute l'immensité de la vie, de la révolution, de la création future, à de petites idées de détail et à des disputes mesquines. Face aux grandes tâches qui nous attendent, il est ridicule, il est honteux de nous occuper de ces mesquineries. Les libertaires devront s'unir sur la base de la synthèse anarchiste. Ils devront créer un mouvement anarchiste uni, entier, vigoureux. Tant qu'ils ne l'auront pas créé, ils resteront en dehors de la vie.
Dans quelles formes concrètes pourrions-nous prévoir la réconciliation, I'unification des anarchistes et, ensuite, la création d'un mouvement libertaire unifié ?
Nous devons souligner, avant tout, que nous ne nous représentons pas cette unification comme un assemblage « mécanique » des anarchistes de diverses tendances en une sorte de camp bigarré où chacun resterait sur sa position intransigeante. Une telle unification serait non pas une synthèse mais un chaos. Certes, un simple rapprochement amical des anarchistes de diverses tendances et une plus grande tolérance dans leurs rapports mutuels (cessation d’une polémique violente, collaboration dans des publications anarchistes, participation aux mêmes organismes actifs, etc.) seraient un grand pas en avant par rapport à ce qui se passe actuellement dans les rangs libertaires. Mais nous considérons ce rapprochement et cette tolérance comme, seulement, le premier pas vers la création de la vraie synthèse anarchiste et d'un mouvement libertaire unifié. Notre idée de la synthèse et de l'unification va beaucoup plus loin. Elle prévoit quelque chose de plus fondamental, de plus « organique ».
Nous croyons que l'unification des anarchistes et du mouvement libertaire devra se poursuivre, parallèlement, en deux sens, notamment :
a) Il faut commencer immédiatement un travail théorique cherchant à concilier, à combiner, à synthétiser nos diverses idées paraissant, à première vue, hétérogènes. Il est nécessaire de trouver et de formuler dans les divers courants de l'anarchisme, d'une part, tout ce qui doit être considéré comme faux, ne coïncidant pas avec la vérité de la vie et devant être rejeté ; et, d'autre part, tout ce qui doit être constaté comme étant juste, appréciable, admis. Il faut, ensuite, combiner tous ces éléments justes et de valeur, en créant avec eux un ensemble synthétique. (C'est surtout dans ce premier travail préparatoire que le rapprochement des anarchistes de diverses tendances et leur tolérance mutuelle pourraient avoir la grande importance d'un premier pas décisif.) Et, enfin, cet ensemble devra être accepté par tous les militants sérieux et actifs de l'anarchisme comme base de la formation d'un organisme libertaire uni, dont les membres seront ainsi d'accord sur un ensemble de thèses fondamentales acceptées par tous.
Nous avons déjà cité l'exemple concret d'un tel organisme : la confédération Nabat, en Ukraine. Ajoutons ici à ce que nous avons déjà dit plus haut que l'acceptation par tous les membres du Nabat de certaines thèses communes n'empêchaient nullement les camarades de diverses tendances d'appuyer surtout, dans leur activité et leur propagande, les idées qui leur étaient chères. Ainsi, les uns (les syndicalistes) s'occupaient surtout des problèmes concernant la méthode et l'organisation de la révolution ; les autres (communistes) s'intéressaient de préférence à la base économique de la nouvelle société ; les troisièmes (individualistes) faisaient ressortir spécialement les besoins, la valeur réelle et les aspirations de l'individu. Mais la condition obligatoire pour être accepté au Nabat était l'admission de tous les trois éléments comme parties indispensables de l'ensemble et le renoncement à l'état d'hostilité entre les diverses tendances. Les militants étaient donc unis d'une façon « organique », car, tous, ils acceptaient un certain ensemble de thèses fondamentales. C'est ainsi que nous nous représentons l'unification concrète des anarchistes sur la base d'une synthèse des idées libertaires théoriquement établie.
b) Simultanément et parallèlement audit travail théorique, devra se créer l'organisation unifiée sur la base de l'anarchisme compris synthétiquement.
Pour terminer, soulignons encore une fois que nous ne renonçons nullement à la diversité des idées et des courants au sein de l'anarchisme. Mais il y a diversité et diversité. Celle, notamment, qui existe dans nos rangs aujourd'hui est un mal, est un chaos. Nous considérons son maintien comme une très lourde faute. Nous sommes d'avis que la variété de nos idées ne pourra être et ne sera un élément progressif et fécond qu'au sein d'un mouvement commun, d'un organisme uni, édifié sur la base de certaines thèses générales admises par tous les membres et sur l'aspiration à une synthèse.
Ce n'est que dans l'ambiance d'un élan commun, ce n'est que dans les conditions de recherches de thèses justes et de leur acceptation, que nos aspirations, nos discussions et même nos disputes auront de la valeur, seront utiles et fécondes. (C'était précisément ainsi au Nabat.) Quant aux disputes et aux polémiques entre de petites chapelles prêchant chacune « sa » vérité unique, elles ne pourront aboutir qu'à la continuation du chaos actuel, des querelles intestines interminables et de la stagnation du mouvement.
Il faut discuter en s'efforçant de trouver l'unité féconde, et non pas d'imposer à tout prix « sa » vérité contre celle d'autrui. Ce n'est que la discussion du premier genre qui mène à la vérité. Quant à l'autre discussion, elle ne mène qu'à l'hostilité, aux vaines querelles et à la faillite.
- VOLINE."

August 08, 2010

Inception

Zur Abwechslung versuche ich mich mal in Filmverriss, ab sofort gilt also SPOILER-Alarm, zumindest für diejenigen, die Inception noch nicht gesehen haben, und noch sehen wollen.

Inception gehört zu jenen Filmen, die man offenbar gesehen haben muss, um mitreden zu können (ähnlich wie zuvor Avatar oder Matrix). Während das akademisch gebildete Kommentariat bereits den Laptop angeschmissen hat, um dem Film mit Zitaten aus Lacan, Derrida, Deleuze und Guattari, Barthes oder Baudrillard diskurstechnisch beizukommen, wundert sich der gemeine Science Fiction-Leser, der sich bereits als Pubertierender alle Philip K. Dick-Bände aus der Stadtbibliothek ausgeliehen hat, was die ganze Aufregung eigentlich soll. Der Basisplot des Films besteht darin, dass der Alleinerbe eines Großkonzerns mittels im Traum zugeflüsterter Ideen (darin besteht die "Inzeption"), dazu gebracht werden soll, zu glauben, es sei seines Vaters letzter Wille gewesen, dass er einen "eigenen" Weg einschlagen solle, und infolgedessen das Unternehmen auflöst. So weit, so unsinnig: man stelle sich die Reaktionen von Führungsgremien, Aktionären, Gewerkschaften, Konkurrenten und der Regierung vor, wenn Aditya Mittal nach dem Tod Lakshmis die Auflösung von ArcelorMittal bekannt geben würde, mit der Begründung dieser hätte ihm im Traum zugeflüstert, er solle irgendwas anderes aus seinem Leben machen!

Dass der Plot des Films also wesentlich auf Nonsens beruht, ist allerdings noch zu verkraften, da dies nur der Rahmen für das eigentliche Thema des Films ist, nämlich die Beziehung zwischen Dom Cobb (Leonardo di Caprio) und seiner verstorbenen Ehefrau Mal (Marion Cotillard), die nur noch als "Traumschatten" ihrer selbst existiert. Wer sich jetzt an Solaris von Stanislaw Lem erinnert fühlt, liegt gar nicht falsch. Tatsächlich ist der Film, der von der Filmkritik wegen seiner "Originalität" gefeiert wurde, wenig mehr als eine Variation des bereits von Tarkowski und Soderbergh verfilmten Solaris-Stoffes, allerdings mit deutlich mehr Action-Szenen. Die "Action" im Film besteht dabei aus den üblichen Verfolgungsjagden und Ballereien, diese sind allerdings eher schlecht choreographiert und bieten wenig neues gegenüber vergleichbaren Hollywood-Produktionen. Ein wenig Dynamik gewinnen sie höchstens dadurch, dass ständig zwischen vier verschiedenen Traumlevels (in denen die Zeit verschieden schnell abläuft) hin und her geswitcht wird. 

Wer sich nun allerdings ausgefeilte dreamscapes erhofft hat, oder psychedelisches wie bei Tarkowski, liegt allerdings falsch: "Träume" finden für die Macher des Films, aller empirischen Erfahrungen zum Trotz, in sehr irdischer Umgebung statt, in der nur selten etwas wirklich Unvorsehbares, etwa als Gag eingebaute Escherismen oder ein auf der Straße fahrender Lastzug, passiert. Träume reduzieren sich auf virtual realities, die eingebauten "Träume in Träumen" erinnern eher an verschiedene Levels in einem Videospiel. Dementsprechend bedarf es offenbar studierter Architekten um dreamscapes zu konstruieren; wobei man sagen muss, dass die Traumarchitektin, die allen Ernstes  - welch tiefschürfende Symbolik... - "Ariadne" heißt (Ellen Page), mit Abstand die interessanteste Figur im Film ist, auch wenn ihre Entscheidungen oft recht plot-driven sind. Es fällt hingegen schwer, irgendwelche Empathie mit dem "Helden" des Films, also Di Caprio alias Dom Cabb, zu empfinden, verbringt dieser doch einen Großteil des Films damit, sich in Selbstmitleid zu zerfleischen. Die übrigen Charaktere bleiben blass und schablonenhaft. Das Ende des Films schließlich entspricht im wesentlichen der üblichen Pointe einer in einer Traum- oder Virtual Reality-Welt angesiedelten Kurzgeschichte eines x-beliebigen SF-Nachwuchsautors: es bleibt unklar, ob die vermeintliche Rückkehr in die "Realität" nicht bloß ein weiterer Traum, eine weitere Illusion ist. 

Fazit: mich hat der Film nach Nolans jüngsten Werken und der überragend positiven Kritik doch sehr enttäuscht. Weder vom Plot noch von der Machart her den Hype wert, der gegenwärtig dazu abläuft.

August 07, 2010

Both kinds of music (12): Hillbillies im Radio

Am 28. November 1925 läutete ein Stück des 77-jährigen Fidlers Uncle Jimmy Thompson die Radiosendung WSM Barn Dance auf dem AM-Sender WSM aus Nashville, Tennessee ein - und begründete damit die älteste noch laufende Radioshow der Welt, die sogenannte Grand Ole Opry. Der Spitzname, der seit langem der offizielle Name der Sendung ist, geht der Überlieferung nach darauf zurück, dass die Sendung 1927 üblicherweise auf die NBC Music Appreciation Hour folgte, deren Ziel es war, Jugendliche zur Beschäftigung mit klassischer Musik zu animieren. Nach einer offenbar sehr opernlastigen Sendung begann die Barn Dance-Show am 10. mit dem Harmonika-Solo Pan-American Blues von DeFord Bailey (unten eine Aufnahme von 1926). Am Ende des Stücks kündigte der Moderator George D. "Judge" Hay an: "For the past hour, we have been listening to music taken largely from Grand Opera. From now on we will present the 'Grand Ole Opry'!"
 

Nach und nach wurde die Opry ein nationales Phänomen und machte Interpreten wie z.B. die Delmore Brothers (hier mit I've got the big river blues aus dem Jahr 1933) landesweit bekannt.


Im Jahr 1940 wurde die Grand Ole Opry Thema eines gleichnamigen Hollywood-Streifens des Studios Republic Pictures; hier ein kurzer Ausschnitt mit den beiden größten Stars der frühen Opry, Uncle Dave Macon und Roy Acuff.

August 03, 2010

Jerusalem, anno 1854

Interessanter Bericht zur Lage in den "Heiligen Stätten" 1854, gefunden bei Karl Marx:
"Die Frage der Heiligen Stätten ist nichts anderes als die Frage eines Protektorats über die in Jerusalem angesiedelten Religionsgemeinden der griechisch-orthodoxen Christen und über die Gebäude, die sie auf dem heiligen Boden besitzen, insbesondere über die Kirche des Heiligen Grabes. Es versteht sich, daß Besitz in diesem Falle nicht Eigentum bedeutet, das den Christen durch den Koran untersagt ist, sondern nur das Recht der Nutznießung. Dieses Recht der Nutznießung schließt die anderen Gemeinden keineswegs davon aus, ihre Andacht an demselben Ort zu verrichten; die Besitzer haben keine weiteren Privilegien als das Recht, die Schlüssel zu behalten, die Gebäude instand zu halten und zu betreten, die Heilige Lampe zu entzünden, die Räume mit dem Besen zu fegen und die Teppiche auszubreiten, was im Orient ein Symbol des Besitzes ist. Ebenso wie die Christenheit an den Heiligen Stätten ihren Höhepunkt erreicht, hat auch die Frage des Protektorats daselbst ihren höchsten Ausdruck gefunden.

Teile der Heiligen Stätten und der Kirche des Heiligen Grabes sind im Besitze der Katholiken, Griechisch-Orthodoxen, Armenier, Abessinier, Syrer und Kopten. Zwischen all diesen verschiedenen Prätendenten kam es nun zu einem Konflikt. Die Souveräne Europas, die in diesem religiösen Streit eine Frage ihres Einflusses im Orient sahen, wandten sich zuerst an die Herren des Grund und Bodens, fanatische und gierige Paschas, die ihre Stellung mißbrauchten. Die Ottomanische Pforte und ihre Agenten befolgten ein höchst ermüdendes système de bascule (1), gaben abwechselnd den Katholiken, Griechisch-Orthodoxen und Armeniern recht, forderten und erhielten Gold von allen Seiten und machten sich über sie alle lustig. Kaum hatten die Türken einen Ferman zugestanden, der das Recht der Katholiken auf den Besitz eines strittigen Ortes anerkannte, als sich die Armenier mit einer noch volleren Börse einstellten und sogleich einen entgegengesetzten Ferman durchsetzten. Dieselbe Taktik wurde den Griechisch-Orthodoxen gegenüber befolgt, die es überdies verstanden, wie offiziell in verschiedenen Fermanen der Pforte und in 'hudjets' (Gutachten) ihrer Agenten bezeugt wird, sich rechtswidrige und unechte Anrechte zu verschaffen. Bei anderen Gelegenheiten wurden die Entscheidungen der Regierung des Sultans durch die Habgier und das Übelwollen der Paschas und Subalternagenten in Syrien vereitelt. Dann mußten neue Verhandlungen gepflogen, neue Kommissare ernannt und neue Geldopfer gebracht werden. Was die Pforte in früheren Zeiten aus pekuniären Beweggründen tat, tut sie heutzutage aus Furcht, um Schutz und Begünstigung zu erhalten. Nachdem sie den Forderungen Frankreichs und den Ansprüchen der Katholiken gerecht geworden ist, beeilte sie sich, Rußland und den Griechisch-Orthodoxen dieselben Bedingungen einzuräumen, um auf diese Weise einem Sturm zu entgehen, dem zu begegnen sie sich ohnmächtig fühlt. Es gibt kein Heiligtum, keine Kapelle, keinen Stein von der Kirche des Heiligen Grabes, bei denen man nicht den Versuch gemacht hätte, sie zur Entfachung eines Streits zwischen den verschiedenen christlichen Gemeinden auszunutzen.

Alle die verschiedenen christlichen Sekten, die sich um das Heilige Grab gruppieren, verbergen hinter ihren religiösen Forderungen ebenso viele politische und nationale Nebenbuhlerschaften.

Jerusalem und die Heiligen Stätten bewohnen Nationen, die sich nach ihrem religiösen Bekenntnis unterteilen in Katholiken, Griechisch-Orthodoxe, Armenier, Kopten, Abessinier und Syrier. Es gibt 2.000 Griechisch-Orthodoxe, 1.000 Katholiken, 350 Armenier, 100 Kopten, 20 Syrier und 20 Abessinier - im ganzen 3.490. Im Ottomanischen Reich zählt man 13.730.000 Griechisch-Orthodoxe, 2.400.000 Armenier und 900.000 Katholiken. Diese sind alle wiederum unterteilt. Die griechisch-orthodoxe Kirche, von der ich oben sprach, die den Patriarchen von Konstantinopel anerkennt, unterscheidet sich wesentlich von der russisch-orthodoxen, deren geistliches Oberhaupt der Zar ist, und von den Hellenen, deren Oberhäupter der König und die Synode von Athen sind. Ähnlich unterteilen sich die Katholiken in Römisch-Katholische, Griechisch-Unierte und Maroniten, die Armenier in Gregorianische und Armenisch-Katholische; denselben Teilungen unterliegen Kopten und Abessinier. Die drei an den Heiligen Stätten vorherrschenden Religionen sind die griechisch-orthodoxe, die katholische und die armenische. Die katholische Kirche, kann man sagen, repräsentiert vorwiegend lateinische Völker, die griechisch-orthodoxe Kirche Slawen, Turkoslawen und Hellenen, und die anderen Kirchen Asiaten und Afrikaner.

Man stelle sich vor, daß alle diese streitenden Völkerschaften das Heilige Grab belagern, daß die Mönche sich bekriegen und der scheinbare Gegenstand ihrer Kämpfe ein Stern aus der Grotte Bethlehems, ein Teppich, der Schlüssel zu einem Heiligtum, ein Altar, ein Schrein, ein Stuhl, ein Kissen - irgendein lächerlicher Vorteil ist!

Um einen solchen Mönchskreuzzug zu verstehen, ist es unerläßlich, erstens ihre Lebensweise und zweitens die Art ihrer Behausungen ins Auge zu fassen.
'Alle diese religiösen Abfälle verschiedener Nationen', erzählte vor kurzem ein Reisender (2), 'leben in Jerusalem voneinander abgesondert, feindlich und mißtrauisch, eine nomadische Bevölkerung, die sich ständig aus Pilgern rekrutiert und durch Pest und Elend dezimiert wird. Der Europäer stirbt oder kehrt nach einigen Jahren nach Europa zurück, die Paschas und ihre Garde gehen nach Damaskus oder Konstantinopel, und die Araber fliehen in die Wüste. Jerusalem ist ein Ort, wohin jeder einmal reist, doch wo niemand bleibt. Jeder in der heiligen Stadt erwirbt seinen Unterhalt durch seine Religion - die Griechisch-Orthodoxen oder die Armenier von den 12.000 oder 13.000 Pilgern, die jährlich Jerusalem besuchen, die Katholiken von den Subsidien und Almosen, die sie von ihren Glaubensgenossen in Frankreich, Italien etc. bekommen.'

Außer ihren Klöstern und Heiligtümern besitzen die christlichen Nationen in Jerusalem kleine Wohnräume oder Zellen, die an die Kirche des Heiligen Grabes angebaut sind und von den Mönchen bewohnt werden, die Tag und Nacht diesen heiligen Ort bewachen müssen. Zu bestimmten Zeiten werden diese Mönche in ihren Pflichten durch ihre Brüder abgelöst. Diese Zellen haben nur eine Tür, die sich nach dem Inneren des Tempels öffnet; ihre Nahrung erhalten diese geistlichen Wächter durch ein Pförtchen von außen. Die Türen der Kirche sind verschlossen und werden von Türken bewacht, die sie nur gegen Bezahlung öffnen und je nach ihrer Laune oder Habgier schließen.

Die Streitigkeiten zwischen Geistlichen sind die giftigsten, sagt Mazarin. Nun denke man sich diese Geistlichen, die nicht nur von, sondern auch in diesen Heiligtümern miteinander leben müssen!

Um das Bild zu vollenden, sei daran erinnert, daß die Väter der katholischen Kirche, die sich fast ausschließlich aus Römern, Sardiniern, Neapolitanern, Spaniern und Österreichern zusammensetzen, alle gleich eifersüchtig sind auf das französische Protektorat und es gern durch ein österreichisches, sardinisches oder neapolitanisches ersetzen möchten; die Könige von Sardinien und Neapel führen beide schon den Titel König von Jerusalem. Dazu kommt noch, daß die ansässige Bevölkerung Jerusalems etwa 15.500 Seelen zählt, worunter 4.000 Muselmanen und 8.000 Juden sind. Die Muselmanen, die etwa ein Viertel der ganzen Bevölkerung bilden und aus Türken, Arabern und Mauren bestehen, sind selbstverständlich in jeder Hinsicht die Herren, denn bei der Schwäche ihrer Regierung in Konstantinopel sind sie in keiner Weise beengt. Nichts gleicht aber dem Elend und den Leiden der Juden in Jerusalem, die den schmutzigsten Flecken der Stadt bewohnen, genannt Harêth-el-Yahud, im Viertel des Schmutzes zwischen Zion und Moria, wo ihre Synagogen liegen; sie sind unausgesetzt Gegenstand muselmanischer Unterdrückung und Unduldsamkeit, von den Griechisch-Orthodoxen beschimpft, von den Katholiken verfolgt und nur von den spärlichen Almosen lebend, die ihnen von ihren europäischen Brüdern zufließen. Die Juden sind jedoch keine Ureinwohner, sondern kommen aus verschiedenen entfernten Ländern und werden nach Jerusalem nur durch den Wunsch gezogen, das Tal Josaphat zu bewohnen und an denselben Stellen zu sterben, wo der Erlöser erscheinen soll.
'In Erwartung des Todes', sagt ein französischer Schriftsteller (3), 'leiden sie und beten. Ihre Blicke auf den Berg Moria gerichtet, wo sich einst der Tempel Salomos erhob und dem sie sich nicht nähern dürfen, vergießen sie Tränen über das Unglück Zions und ihre Zerstreuung in der ganzen Welt.'

Um das Maß der Leiden dieser Juden voll zu machen, ernannten England und Preußen 1840 einen anglikanischen Bischof in Jerusalem, dessen offen zugegebene Aufgabe ihre Bekehrung ist. 1845 wurde er fürchterlich durchgeprügelt und von Juden, Christen und Türken gleicherweise verhöhnt. Von ihm kann man tatsächlich sagen, er habe den ersten und einzigen Anlaß zu einer Einigung zwischen sämtlichen Religionen in Jerusalem gegeben.

Man wird nun begreifen, weshalb der gemeinsame Gottesdienst der Christen an den Heiligen Stätten sich auflöst in eine Folge wüster Prügeleien zwischen den verschiedenen Sekten der Gläubigen; daß sich andrerseits hinter diesen religiösen Prügeleien nur ein weltlicher Kampf nicht nur von Nationen, sondern von Völkerschaften verbirgt, und daß das Protektorat über die Heiligen Stätten, das dem Westeuropäer so lächerlich, dem Orientalen aber so überaus wichtig erscheint, nur eine der Phasen der orientalischen Frage ist, die sich unaufhörlich erneuert, die stets vertuscht, aber nie gelöst wird."
New York Daily Tribune vom 15. April 1854, hier nach MEW, 10, S.173-176.
 
(1) Schaukelsystem 
(2) Famin
(3) Famin

Hier findet man die von Marx benutzte Quelle: Histoire de la rivalité et du protectorat des Eglises chrétiennes en Orient von César Famin.