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März 23, 2012

199 [?] Jahre Anselme Bellegarrigue

Zur Einführung und zur Frage des Geburtsjahres Bellegarrigues sei auf letztjährigen Blogpost verwiesen. Auch dieses Jahr bringe ich einen Auszug aus dem Manifeste de l'anarchie (1850):

Que le peuple n'a rien à attendre d'aucun parti

Mais la disparition du gouvernement, l'anéantissement de l'institution gouvernementale, le triomphe de la liberté dont tous les partis parlent, ne feraient réellement l'affaire d'aucun parti, car j'ai surabondamment prouvé qu'un parti, par cela seul qu'il est parti, est essentiellement gouvernemental. Aussi les partis se gardent-ils de laisser croire au peuple qu'il peut se passer de gouvernement. De leur polémique quotidienne, il résulte, en effet, que le gouvernement agit mal, que sa politique est mauvaise, mais qu'il pourrait agir mieux, que sa politique pourrait être meilleure. En fin de compte, chaque journaliste laisse au fond de ses articles cette pensée: si j'étais là, vous verriez comment je gouvernerais!
Eh bien! voyons si véritablement il y a une manière équitable de gouverner; voyons s'il est possible d'établir un gouvernement dirigeant et d'initiative, un pouvoir, une autorité sur les bases démocratiques du respect individuel. Il m'importe d'examiner à fond cette question, car j'ai dit tout à l'heure que le peuple n'avait rien à attendre d'aucun gouvernement ni d'aucun parti et j'ai hâte d'en venir aux preuves.
Nous voilà en 1852; le pouvoir que vous espérez avoir, vous montagne, vous socialisme, vous modérés même - je n'y tiens pas - vous l'avez. La majorité est imposante à gauche, je m'en applaudis; soyez les bienvenus. Compliments faits, comment entendez-vous la besogne?
Je vous fais grâce de vos divisions intestines; je m'abstiens de voir parmi vous Girardin, Proudhon, Louis Blanc, Pierre Leroux, Considérant, Cabet, Raspail ou leurs disciples; je suppose qu'il règne parmi vous une parfaite union, pour vous servir je suppose l'impossible, car je veux, avant tout, faciliter le raisonnement.
Vous voilà donc d'accord, qu'allez-vous faire?
Élargissement de tous les prisonniers politiques; amnistie générale. Bien. Vous n'excepterez pas les princes, sans doute, car vous auriez l'air de les craindre et cette crainte trahirait une défiance de vous-mêmes; ce serait avouer qu'on pourrait bien vous les préférer, aveu qui impliquerait l'incertitude d'accomplir le bien général.
Les injustices une fois réparées dans l'ordre politique, abordons l'économie et la sociabilité.
Vous ne ferez pas banqueroute, cela va sans dire, c'est vous qui avez récriminé contre M. Fould; l'honneur national que vous entendez à la façon de Garnier-45 centimes vous fera un devoir de respecter la Bourse au détriment de trente-cinq millions de contribuables; la dette créée par les monarchies a un trop noble caractère pour que tout le peuple français ne doive pas se saigner annuellement de quatre cent cinquante millions au profit d'une poignée d'agioteurs. Vous commencerez donc par sauver la dette, nous serons ruinés mais honorables, ces deux qualifications ne s'accordent guère par le temps qui court; mais, enfin, c'est encore du vieux temps que vous faites, et le peuple obéré, comme devant, en pensera cet qu’il voudra.
Mais, j'y pense, vous devez avant tout exonérer les pauvres, les travailleurs, les prolétaires; vous arrivez avec une loi contributive sur les riches. À la bonne heure! je suis capitaliste et vous me demandez un pour cent, diable! comment me tirer de là? Tout bien réfléchi, ce n'est pas moi qui utilise mon capital, je le prête à l'industrie; l'industriel en ayant grand besoin, ne laissera pas de le prendre pour un pour cent en plus, c'est donc sur lui que je me déchargerai de la contribution. L'impôt sur le capital tombe net sur le nez du travail.
Je suis rentier et vous frappez le coupon, ceci est inquiétant, par exemple. À tout prendre, cependant, il y a un moyen de s'en tirer. Qui est-ce qui doit? C'est l'Etat. Puisque c'est l'Etat, le malheur n'est pas grand; l'impôt qui pèse sur le coupon déprécie immédiatement d'autant la valeur de ce coupon; le coupon étant déprécié au préjudice du débiteur qui est l'Etat et au profit du trésor qui est l'Etat; l'Etat tire de sa poche pour mettre dans sa caisse et il reste quitte et moi aussi. Le tour est très joli et j'avoue que vous êtes d'une belle force.
Je suis propriétaire de maisons de ville et vous imposez mes appartements; à cela je n'ai rien, absolument rien à dire. Vous vous arrangerez avec mes locataires; car vous ne me supposez pas, sans doute, assez sot pour ne pas me couvrir de l'impôt sur le loyer.
Le mot le plus dépourvu de sens qui ait été prononcé depuis la révolution de février c'est celui-ci: L'IMPÔT SUR LES RICHES !  Mot, sinon pervers, du moins profondément irréfléchi. Je ne sais ce qu'on appelle les riches dans un pays comme celui-ci où tout le monde est endetté et où l'état des mœurs pousse la plupart des propriétaires, rentiers et capitalistes, à dépenser, par an, plus que leur revenu. En tout cas, le riche admis, je vous défie de l'atteindre, vos tentatives sur lui n'indiquent qu'une grossière ignorance des lois élémentaires de l'économie sociale et de la solidarité des intérêts. Le coup que vous voudrez porter au riche ira frapper sur l'industriel, sur le prolétaire, sur le pauvre. Voulez-vous exonérer le pauvre? N'imposez personne. Administrez la France avec 180 ou 200 millions, comme s'administrent les Etats-Unis; or, 200 millions dans un pays comme la France se trouve sans qu'on y prenne garde; n'en donnons-nous pas cent rien que pour fumer de mauvais cigares?
Mais, pour cela, il ne faudrait qu'administrer et vous voulez gouverner: c'est bien autre chose. Frappez donc les riches, après quoi vous réglerez vos comptes avec les pauvres.
Déjà, la formation de votre budget vous met sur les bras bon nombre de mécontents; ces questions d'argent, voyez-vous, sont fort délicates. Enfin, passons outre.
Proclamez-vous la liberté illimitée de la presse? Cela vous est interdit. Vous ne changerez pas la base de l'impôt, vous ne toucherez pas à la fortune publique sans prêter le flanc à une discussion de laquelle vous ne sortiriez pas ingambes. Je me sens personnellement disposé à prouver, clair comme le jour, votre impéritie sur ce point et votre propre conservation vous ferait un impérieux devoir de me faire taire, sans compter que vous feriez bien.
La presse ne serait donc pas libre, pour cause de budget. Aucun gouvernement à gros budget ne peut proclamer la liberté de la presse; cela lui est expressément défendu. Les promesses ne vous manqueront pas; mais promettre n'est pas tenir, demandez à M. Bonaparte.
Vous garderez évidemment le ministère de l'instruction publique et le monopole universitaire; seulement, vous dirigerez exclusivement l'enseignement dans le sens philosophique, déclarant une guerre atroce au clergé et aux jésuites, ce qui fait que je deviendrai jésuite contre vous, comme je me fais philosophe contre M. de Montalembert, au nom de ma liberté, qui consiste à être ce qu'il me plaît d'être, sans que ni vous ni les jésuites aient rien à y voir.
Et les cultes, aboliriez-vous le ministère des cultes? J'en doute. Je m'imagine que, dans l'intérêt des gouvernomanes, vous créeriez plutôt des ministères que d'en supprimer. Il y aurait un ministère des cultes comme aujourd'hui et je payerai le curé, le ministre et le rabbin parce que je ne vais ni à la messe, ni au prêche, ni à la cène.
Vous conserveriez le ministère du commerce, celui de l'agriculture, celui des travaux publics, celui de l'intérieur surtout, car vous auriez des préfets, des sous-préfets, une police d'Etat, etc., et en gardant et dirigeant tous ces ministères, qui constituent précisément la tyrannie d'aujourd'hui; cela ne vous empêcherait pas de dire que la presse, l'instruction, les cultes, le commerce, les travaux publics, l'agriculture sont libres. Mais on en dit autant dans ce moment. Que feriez-vous qu'on ne fasse pas à l'heure qu'il est? Ce que vous feriez, je vais vous le dire: au lieu d'attaquer, vous vous défendriez.
Je ne vous vois d'autres ressources que de changer tout le personnel des administrations et des parquets, et d'agir à l'égard des réactionnaires comme les réactionnaires agissent envers vous. Mais ceci ne s'appelle pas gouverner, ce système de représailles constitue-t-il le gouvernement? Si j'en juge par ce qui se passe depuis quelque soixante ans, si je me rends bien compte de la seule chose que vous ayez à faire en devenant gouvernement, j'affirme que gouverner n'est rien autre chose que se battre, se venger, châtier. Or, si vous ne vous apercevez pas que c'est sur nos épaules que vous êtes battus et que vous battez vos adversaires, nous ne saurions, pour notre part, nous le dissimuler et j'estime que le spectacle doit tirer à sa fin.
Pour résumer toute l'impuissance d'un gouvernement, quel qu'il soit, à faire le bien public, je dirai: qu'aucun bien ne peut sortir que des réformes. Or, toute réforme étant irrémissiblement une liberté, et toute liberté étant une force acquise au peuple et, par contre, une atteinte à l'intégrité du pouvoir, il s'ensuit que la voie des réformes qui, pour le peuple, est la voie de la liberté, n'est, pour le pouvoir, que la voie fatale de la déchéance. Si donc vous disiez que vous voulez le pouvoir pour opérer des réformes, vous avoueriez du même coup que vous voulez atteindre la puissance dans le but prémédité d'abdiquer la puissance. Outre, que je ne trouve pas dans moi assez de sottise pour vous croire autant d'esprit que cela, je découvre qu'il serait contraire à toutes les lois naturelles ou sociales et principalement à celle de la conservation propre, à laquelle nul être ne peut faillir, que des hommes investis de la puissance publique se dépouillassent, de leur plein gré, et de l'investiture et du droit princier qu'elle leur concède de vivre dans le luxe sans se fatiguer à le produire. Allez raconter vos balivernes ailleurs.
Votre gouvernement ne peut avoir qu'un objet: vous venger de celui-ci, tout comme celui qui vous suivra ne pourra avoir qu'un but: se venger de vous. L'industrie, la production, le commerce, les affaires du peuple, les intérêts de la multitude ne s'accommodent pas de ces pugilats; je propose qu'on vous laisse seuls vous luxer les mâchoires et que nous allions à nos affaires.
Si le journalisme français veut être digne du peuple auquel il s'adresse, il doit cesser d'ergoter sur les déplorables reins de la politique. Laissez les rhéteurs fabriquer à leur aise des lois que les intérêts et les mœurs déborderont, quand il vous plaira de ne pas interrompre, par vos criailleries inutiles, le libre développement des intérêts et la manifestation des mœurs. La politique n'a jamais appris à personne le moyen de gagner honorablement son dîner; ses préceptes n'ont servi qu'à stipendier la paresse et à encourager le vice. Ne nous parlez donc plus de politique. Remplissez vos colonnes d'études économiques et commerciales; dites-nous ce qui a été inventé d'utile; ce que, dans un pays quelconque, on a découvert de matériellement ou de moralement profitable à l'accroissement de la production, à l'amélioration du bien-être; tenez-nous au courant des progrès de l'industrie, afin que nous puisions, dans ces renseignements, les moyens de gagner notre vie et de la placer dans un milieu confortable. Tout cela nous importe plus, je vous le déclare, que vos dissertations stupides sur l'équilibre des pouvoirs et sur la violation d'une Constitution qui, restât-elle vierge, ne me paraît pas, à vous parler franchement, fort digne de mon respect.

März 23, 2011

1xy Jahre Anselme Bellegarigue

Der geschätzte Ephéméride anarchiste datiert den Geburtstag von Anselme Bellegarrigue auf den 23. März 1813; andere greifen zumeist auf Max Nettlaus Datierung zurück ("zwischen 1820 und 1825"). Wie dem auch sei: Anselme Bellegarrigue, von dem anders als beim Zeitgenossen Max Stirner noch nicht mal eine Zeichnung existiert, ist eine überaus wichtige Gestalt in der Entwicklung des Anarchismus. Den Begriff übernimmt er von Proudhon (sehr explizit in der Gleichstellung von Anarchie und Ordnung) - den er gleichsam als unkonsequenten Verteidiger der Freiheit rügt - und reichert ihn mit Individualismus US-amerikanischen Ursprungs an (bekanntlich schrieben zur gleichen Zeit auch Josiah Warren und der vor einem Jahr und einem Tag hier gewürdigte Stephen Pearl Andrews). 1850 gibt Bellegarrigue die erste explizit anarchistische Zeitung L'anarchie. Journal de l'ordre. In deren Nummer 1 erscheint auch das "anarchistische Manifest", aus dem ich heute einen Auszug bringe:

"Que le contrat social est une monstruosité
Que chacun dans la société s'affirme personnellement et n'affirme que lui, et la souveraineté individuelle est fondée, le gouvernement n'a plus de place, toute suprématie est détruite, l'homme est l'égal de l'homme.

Cela fait, que reste-t-il? Il reste ce que tous les gouvernements ont vainement tenté de détruire; il reste la base essentielle et impérissable de la nationalité; il reste la commune que tous les pouvoirs perturbent et désorganisent pour en faire leur chose; il reste la municipalité, organisation fondamentale, existence primordiale qui résiste à toutes les désorganisations et à toutes les destructions. La commune a son administration, son jury, ses judicatures; elle les improviserait si elle ne les avait pas.

La France, étant donc municipalement organisée par elle-même, est démocratiquement organisée de soi. Il n'y a, quant à l'organisme intérieur, rien à faire, tout est fait; l'individu est libre et souverain dans la commune; la commune, individu complexe, est libre et souveraine dans la nation.

Maintenant, la nation, ou les communes, doivent-elles avoir un organe synthétique et central pour réglementer certains intérêts communs, matériels et déterminés, et pour servir d'interlocuteur entre la communauté et l'étranger? Cela n'est une question pour personne; et je ne vois pas qu'il y ait fort à s'inquiéter de ce que tout le monde admet comme rationnel et nécessaire. Ce qui est en question, c'est le gouvernement; mais un arbitrage et une chancellerie, dus à l'initiative des communes, restées maîtresses d'elles-mêmes, peuvent constituer, si l'on veut, une commission administrative, mais non pas un gouvernement.

Savez-vous ce qui fait qu'un maire est agressif dans la commune? C'est le préfet. Supprimez le préfet, et le maire ne s'appuie plus que sur les individus qui l'ont nommée; la liberté de chacun est garantie.

Une institution qui dépend de la commune n'est pas un gouvernement; un gouvernement c'est une institution à laquelle la commune obéit. On ne peut pas appeler un gouvernement ce sur quoi pèse l'influence individuelle; on appelle un gouvernement ce qui écrase les individus sous le poids de son influence.

Ce qui est en question, en un mot, ce n'est pas l'acte civil, dont j'exposerai prochainement la nature et le caractère, c'est le contrat social.

Il n'y a pas, il ne peut pas y avoir de contrat social, d'abord parce que la société n'est pas un artifice, un fait scientifique, une combinaison de la mécanique; la société est un phénomène providentiel et indestructible; les hommes, comme tous les animaux de mœurs douces, sont en société par nature. L'état de nature est déjà l'état de société; il est donc absurde, quand il n'est pas infâme, de vouloir constituer, par un contrat, ce qui est constitué de soi et à titre fatal. En second lieu, parce que mon mode d'être social, mon industrie, ma croyance, mes sentiments, mes affections, mes goûts, mes intérêts, mes habitudes échappent à l'appréhensibilité de toute stipulation; par la raison simple, mais péremptoire, que tout ce que je viens d'énumérer est variable et indéterminé; parce que mon industrie d'aujourd'hui peut n'être pas mon industrie de demain; parce que mes croyances, mes sentiments, mes affections, mes goûts, mes intérêts, mes habitudes changent, ou chaque année, ou chaque mois, ou chaque jour, ou plusieurs fois par jour, et qu'il ne me plaît pas de m'engager vis-à-vis de qui que ce soit, ni par parole, ni par écrit, à ne jamais changer ni d'industrie, ni de croyance, ni de sentiment, ni d'affection, ni de goût, ni d'intérêt, ni d'habitude; déclarant que si je prenais un pareil engagement ce ne serait que pour le rompre, et affirmant que, si on me le faisait prendre de force, ce serait la plus barbare en même temps que la plus odieuse des tyrannies.

Cependant, notre vie sociale à tous est engagée par contrat. Rousseau a inventé la chose, et depuis soixante ans le génie de Rousseau se traîne dans notre législation. C'est en vertu d'un contrat, rédigé par nos pères et renouvelé tout dernièrement par les grands citoyens de la Constituante, que le gouvernement nous enjoint de ne voir, de n'entendre, de ne parler, de n'écrire, de ne faire que ce qu'il nous permettra. Telles sont les prérogatives populaires dont l'aliénation constitue le gouvernement des hommes; ce gouvernement, je le mets en question pour ce qui me concerne, laissant d'ailleurs aux autres la faculté de le servir, de le payer, de l'aimer, et finalement de mourir pour lui. Mais quand bien même tout le peuple français consentirait à vouloir être gouverné dans son instruction, dans son culte, dans son crédit, dans son industrie, dans son art, dans son travail, dans ses affections, dans ses goûts, dans ses habitudes, dans ses mouvements, et jusque dans son alimentation, je déclare qu'en droit, son esclavage volontaire n'engage pas plus ma responsabilité que sa bêtise ne compromet mon intelligence; et si, en fait, sa servitude s'étend sur moi sans qu'il me soit possible de m'y soustraire; s'il est notoire, comme je n'en saurais douter, que la soumission de six, sept ou huit millions d'individus à un ou plusieurs hommes entraîne ma soumission propre à ce même ou à ces mêmes hommes, je défie qui que ce soit de trouver dans cet acte autre chose qu'un guet-apens, et j'affirme que, dans aucun temps, la barbarie d'aucun peuple n'a exercé sur la terre un brigandage mieux caractérisé. Voir, en effet, une coalition morale de huit millions de valets contre un homme libre est un spectacle de lâcheté contre la sauvagerie duquel on ne saurait invoquer la civilisation sans la ridiculiser ou la rendre odieuse aux yeux du monde.

Mais je ne saurais croire que tous mes compatriotes éprouvent délibérément le besoin de servir. Ce que je sens, tout le monde doit le sentir; ce que je pense, tout le monde doit le penser; car je ne suis ni plus ni moins qu'un autre homme; je suis dans les conditions simples et laborieuses du premier travailleur venu. Je m'étonne, je m'effraie de rencontrer à chaque pas que je fais dans la vie, à chaque pensée que j'accueille dans ma tête, à chaque entreprise que je veux commencer, à chaque écu que j'ai besoin de gagner, une loi ou un règlement qui me dit: on ne passe pas par là; on ne pense pas ainsi; on n'entreprend pas cela; on laisse ici la moitié de cet écu. À ces obstacles multiples, qui s'élèvent de toutes parts, mon esprit intimidé s'affaisse vers l'abrutissement; je ne sais de quel côté me retourner; je ne sais que faire, je ne sais que devenir.

Qui donc a ajouté aux fléaux atmosphériques, aux décompositions de l'air, aux insalubrités des climats, à la foudre que la science a su dompter, cette puissance occulte et sauvage, ce génie malfaisant qui attend l'humanité au berceau pour la faire dévorer par l'humanité? Qui? Mais ce sont les hommes eux-mêmes qui, n'ayant pas assez de l'hostilité des éléments, se sont encore donné les hommes pour ennemis.

Les masses, encore trop dociles, sont innocentes de toutes les brutalités qui se commettent en leur nom et à leur préjudice; elles en sont innocentes, mais elles n'en sont pas ignorantes; je crois que, comme moi, elles les sentent et s'en indignent; je crois que, comme moi, elles ont hâte d'en finir; seulement, n'en distinguant pas bien les causes, elles ne savent comment agir. Je vais essayer de les fixer sur l'un et l'autre point.

Commençons par signaler les coupables."